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Maserati Ghibli / SS : le mythe

Dans les ann?©es 60, Bologne est la capitale mondiale de la GT surpuissante puisque sa r?©gion abrite les trois plus grands noms de la cat?©gorie‚Ķ

+ de photos Maserati Ghibli 1

Tandis que Ferrari et Lamborghini se livrent une guerre féroce sur mélodies de V12, Maserati prépare la riposte à coups de V8 hérités de la course. L’industrie automobile italienne est alors à son apogée.

Si, aujourd’hui, Maserati a fait le choix de baptiser l’une de ses berlines diesel Ghibli, il ne faut pas omettre que la Ghibli est avant tout la Maserati Classic à moteur V8 la plus prisée de l’histoire. En 1992, la Ghibli II sortait, évolution ultime de la Biturbo (lire notre dossier consacré aux Maserati Biturbo), avec ses nerveux V6 2 litres et 2,8 l de 306 et 284 chevaux… 

maserati ghibli v8 arriere

Belle comme une diablesse

La Ghibli, dessinée par Giugiaro, est une œuvre d’art qui fut dévoilée en 1965. Il suffit de contempler cette dernière Maserati sortie avant le rachat opéré par Citroën pour tomber amoureux. Cependant, pour tout vous dire, ce n’est pas ma favorite. Je lui préfère les Bora et Khamsin, mais c’est une affaire de goût. Répondant au code interne Tipo AM115, cette Italienne au nom qu’il est aussi difficile de prononcer que d’orthographier correctement reprend la tradition lancée par la Mistral et qui se perpétua jusqu’à la Shamal : celle de donner à la voiture le nom d’un vent. Plus précisément, un vent situé en Afrique du Nord, également connu sous le nom de Sirocco ! Le terme Ghibli ne doit pas non plus être étranger aux spécialistes des mangas, étant donné qu’il s’agit du nom d’un studio très célèbre, auteur entre autres de Princesse Mononoké.

Le profil laisse aussi admirer la longue double sortie d’échappement, tandis que cette GT long courrier a même droit à des jantes de 15 pouces. Les jantes Campagnolo en alliage de magnésium reprennent le dessin dit Starburst de celles déjà vues sur certaines Mistral et Mexico, mais avec une largeur de 7 pouces au lieu de 6,5 pouces. À l’avant, le trident affublé sur la calandre demeure la marque de fabrique du constructeur de Modène. Ghia n’oublia pas d’apposer son insigne sur les ailes avant et, comme beaucoup de voitures de cette période, les feux sont escamotables. Des célébrités telles que Claude François et Jean-Paul Belmondo ne restèrent pas insensibles à son charme et signèrent un bon de commande. La Ghibli a aussi fait parler d’elle par sa présence dans le film La Piscine avec Alain Delon et Romy Schneider, dont une publicité pour un parfum reprenait certaines images. 

Plus exclusif encore que le coupé, il y a le Spyder. Produit à seulement 125 exemplaires tous moteurs confondus, il s’affiche aujourd’hui à des prix encore plus délirants que la version à toit puisqu’il faut compter au moins 500 000 euros pour pouvoir s’en offrir un...

maserati ghibli intérieur v8

Luxe, calme et volupté

L’habitacle de cette stricte deux places respire le luxe à l’italienne. Abondance de cuir, présentation et assemblage de grande qualité, il n’y a rien à redire. Le trident gratté sur les aérateurs démontre l’exclusivité de ce véhicule. Bref, ne croyez pas les mauvaises langues qui expliquent que certaines pièces de l’intérieur proviennent de Fiat. Il y a abondance de boutons sur la console centrale et l’un d’entre eux gère la bascule entre les deux réservoirs. Deux réservoirs, il fallait bien ça pour satisfaire l’appétit des V8 et s’assurer une autonomie correcte ! Pensée pour le territoire américain, la climatisation est déjà présente. En revanche, la vie à bord n’est pas très pratique. Passer la main par la fenêtre aux barrières de péage ne sera, par exemple, pas un moment de franche rigolade, de même que la position de conduite n’a jamais été le point de fort de nos amis transalpins. Qu’importe, le vaste coffre accessible par la malle sous la lunette arrière ou par l’habitacle vous aidera à convaincre Madame de partir en week-end prolongé à vos côtés...

maserati ghibli v8 course moteur

Un moteur qui sent bon la course

Bien que le V8 soit l’architecture du moteur la plus utilisée dans l’histoire de Maserati, cela n’a pas toujours été le cas. Initialement, on trouvait des six cylindres en ligne. La course à la puissance qui sévissait déjà obligea Alfieri, le motoriste maison, à voir plus grand et surtout plus gros. Comme d’habitude, à Modène, c’est de la course que vint le salut ; un paradoxe pour un constructeur qui développe une gamme orientée vers le Grand Tourisme. Pour motoriser la Ghibli, Alfieri partit d’abord sur le 4,7 litres à chambres de combustion hémisphériques, déjà commercialisé. C’est un V8 en aluminium logé en position centrale avant, dérivé du Tipo 450 S de compétition puis de celui de la 5000 GT. Sonnant un peu à la manière d’un V8 américain, l’ordre d’allumage de ses cylindres est inscrit sur le cache-culbuteurs, comme le voulait la tradition. Sa distribution est assurée par quatre arbres à cames, elle est entraînée par une chaîne de distribution, lui assurant par la même occasion un coût de maintenance raisonnable. L’alliage léger est omniprésent, à la fois sur le collecteur d’admission et sur la culasse qui dispose de soupapes en tête et de sièges de soupapes rapportés.

Le vilebrequin est à équilibrage dynamique et statique, sur cinq paliers à coussinets. Le moteur est décentré d’un centimètre par rapport à la ligne médiane du châssis ; il est supporté par quatre silentblocs. Comparativement aux autres modèles disposant du même moteur, la puissance progresse de 20 chevaux grâce à l’utilisation de carburateurs verticaux Weber 40 DCNF/5, remplacés à partir de 1969 par des Weber 42 DNCF/9. Cette version unique du V8 se distingue par ailleurs par sa lubrification par carter sec, choisie pour abaisser le centre de gravité. La puissance atteint donc 310 chevaux (officiellement du moins...) à un régime de 6 000 tr/min. Plus que de purs sangs, le conducteur dispose d’une avalanche de couple (390 Nm) à peine la pédale d’accélérateur lâchée. Toutefois, le bloc qui nous intéresse ici est le 4,9 litres dont la hausse de cylindrée est obtenue grâce à l’allongement de la course. Pas encore baptisée SS (cela viendra en 1970), la Ghibli prend simplement le nom de 4900. Le couple fait un bond spectaculaire à 480 Nm, alors que la puissance n’augmente finalement que de peu pour se stabiliser à 330 chevaux. Cette baisse de la puissance spécifique se traduit sur la fiche technique par une puissance maximale atteinte à 5 500 tr/min. Seulement, serais-je tenté de dire. Cette spécificité alliée au gros couple donne un caractère très différent du 4,7 litres... Mais la SS disposait d’un argument de poids en ces temps-là, avec une vitesse maximale annoncée pour 275 km/h ! Pour faire passer ce haras aux roues arrière, Maserati utilise une boîte de vitesses manuelle à cinq vitesses fournie par ZF. En option, une boîte automatique à trois rapports était disponible.

maserati ghibli sur la route

Au volant

Conduire une Ghibli pour la première fois nécessite un temps d’adaptation. Savoir que l’engin que l’on a entre les mains coûte 300 000 € met une certaine pression et je remercie encore le propriétaire pour la confiance qu’il m’a témoignée en me laissant en prendre le volant.

La position de conduite, très reculée avec le long capot devant soi, n’est pas très naturelle. On s’attend à avoir des commandes dures et c’est tout l’inverse. La direction est bien assistée malgré un léger sentiment de lourdeur sur les manœuvres en ville. L’embrayage est doux, les commandes de la boîte fermes, mais pas désagréables. Le V8 distille une impression de force tranquille. Les ressources prodiguées par la grosse cylindrée envoient un souffle inépuisable grâce au couple disponible. Ça pousse dès le régime ralenti, ça ne broute pas et, contrairement à un V12 Ferrari de la même époque, il n’y a aucune inertie. Le tout se fait dans une ambiance sonore de course sans pour autant que l’on subisse un volume fatigant pour les oreilles. Avaler les kilomètres se fait le plus sereinement du monde...

maserati ghibli coffre

Utilisable au quotidien 

On peut, en 2016, utiliser régulièrement sa Ghibli. C’est même conseillé puisque c’est encore le meilleur moyen de la garder en bon état... C’est sa grande force par rapport aux Ferrari et Lamborghini concurrentes et c’est un point sur lequel les journalistes n’insistent pas suffisamment... Le châssis tubulaire de la Maserati Ghibli est une version raccourcie et rigidifiée de celui utilisé dans les 3500 GT et Mexico. Les roues avant sont indépendantes et la suspension avant reçoit des ressorts hélicoïdaux. À l’arrière, en revanche, c’est nettement plus rustique avec un essieu rigide à ressorts elliptiques.

On comprend que malgré la présence de son pont autobloquant, cette belle Italienne soit plus à l’aise sur les grandes routes que sur les spéciales de rallyes et c’est encore plus vrai quand on sait qu’elle dépasse les 1 600 kg en ordre de marche. Le freinage fut revu au cours de sa carrière. La direction assistée était une option qu’il était vivement conseillé de prendre, compte tenu du poids de la voiture et du gros huit cylindres sur l’avant. La Ghibli n’oublie pas d’être confortable et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, est bien insonorisée. On entend les battements de cœur et les cris du V8 sans que le bruit soit assourdissant. Rassurez-vous, vous n’aurez pas souvent envie d’allumer l’autoradio...

 

Crédit photo : Étienne Rovillé pour La Revue Automobile

Maxime Joly

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Turbo1980
2017-01-28 16:31:06  

Magnifique auto, article sympa, manque une petite vidéo pour se rendre compte du bruit.

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