Polo Storico, la clinique des taureaux

Ferrari a son département Classiche, Porsche, son département Classic et, depuis 2015, Lamborghini a mis sur pied le Polo Storico. Rattaché à l’après-vente qui suit l’entretien de toutes les Lamborghini, le Polo Storico est plus particulièrement dédié aux modèles conçus avant 1998 et le rachat de la marque italienne par Audi. Certification, restauration et accompagnement des possesseurs de Lamborghini sont au cœur des missions du département, qui a dévoilé au dernier salon Rétromobile sa première reproduction complète.

Pour les 50 ans de la Countach, le Polo Storico a redonné vie au tout premier modèle, celui-là même qui a participé aux photos officielles de la voiture avant de terminer sa vie sur le mur du crash-test d’homologation. Pour en savoir plus sur le devenir du département et sur la politique patrimoniale de Lamborghini, nous avons rencontré Alessandro Frameschi, directeur après-vente monde de Lamborghini et responsable du Polo Storico.

LRA : En tant que responsable du Polo Storico et de l’après-vente, expliquez-nous votre rôle, et comment ces deux activités se conjuguent.
AF : Mon rôle est d’apporter un soin particulier à toutes les demandes des clients Lamborghini, qu’il s’agisse d’un propriétaire de la dernière Huracan ou Urus, ou d’une 350 GT comme d’une Miura ou Countach. Nous couvrons tous les modèles de la marque sans exception, c’est notre mission en après-vente.

LRA : Avez-vous la possibilité de reproduire des pièces détachées introuvables de nos jours ?
AF : Oui, avec le Polo Storico qui a été créé en 2015, nous avons l’objectif de donner vie à un département qui est focalisé sur les voitures classiques. Une voiture classique couvre depuis les tout débuts de la marque jusqu’à la Diablo pour vous donner une idée. Et pour les modèles plus récents, nous apportons un service d’après-vente.
Nous avons 3 activités principales qui sont :
- la certification, où le but est d’assurer la conformité des modèles et l’origine des pièces, pour vérifier que chaque pièce correspond bien aux spécifications initiales de la voiture ;
- la restauration, où l’on peut tout restaurer, quelques pièces de carrosserie ou de moteur, ou la recréation d’une voiture à partir de rien, à l’image de la Miura SV que nous avons exposée à Rétromobile. Le but est que le modèle une fois sorti de nos ateliers soit identique à sa sortie d’usine ;
- la reconstruction de pièces détachées à partir du catalogue d’origine, lorsque nous n’avons plus de stock d’origine, en repartant des dessins d’origine.

LRA : Il vous arrive de recourir à l’impression 3D ?
AF : Non, nous essayons de respecter la production originale et les méthodes d’époque. Parfois, nous ne le pouvons pas et on recourt à des technologies modernes, mais pas à l’impression 3D.
Aujourd’hui, nous pouvons utiliser des machines automatiques pour former une pièce métallique plutôt que de la faire à la main, mais nous nous limitons à ça. Ce qui est important, c’est de répondre aux spécifications d’origine des dessins et de respecter l’intention d’époque et les matériaux.

LRA : Parmi les 60 ans d’histoire de Lamborghini, nous trouvons certains modèles originaux comme le LM002. Le Polo Storico peut être amené à travailler dessus ?
AF : Oui, nous nous occupons de toutes les voitures.

LRA : Les tracteurs agricoles aussi ?
AF : Non, les tracteurs ne relèvent pas de Lamborghini Automobili. C’est une entreprise différente, nous ne partageons que le nom et l’origine de nos deux entreprises, créées par Ferruccio Lamborghini. Nous sommes séparés.

LRA : Le Polo Storico est en mesure de recréer des modèles qui ont disparu : est-ce que cela concerne aussi des prototypes comme les Canto et Cala ?
AF : Le meilleur exemple de reproduction est la Countach LP500, c’est la seule reproduction que nous avons réalisée pour le moment. Elle démontre tout le travail technologique et esthétique que l’on peut mener, c’est un exercice très particulier pour reproduire le prototype de Countach présenté en 1971 et qui a été perdu pour réaliser le crash-test. À partir de toutes les informations que nous étions en mesure de rassembler, nous avons démarré le projet de reconstruction. C’est un gros investissement en matière de temps et de moyens, plus de 25 000 heures de travail et de recherche aussi.

Nous avons rassemblé tout ce que nous pouvions trouver comme infos depuis les photos d’époque, les brochures, les livres, à partir des compagnons de cette époque, d’équipementiers d’époque dont Pirelli et Bertone. Nous recherchions les informations spécifiques de ce prototype.

LRA : La responsabilité de la préservation des archives Lamborghini dépend aussi du Polo Storico ?
AF : Oui, nous avons des archives protégées qui sont uniques avec un accès restreint, car c’est notre trésor, c’est l’histoire de l’entreprise et on en est particulièrement jaloux. C’est nous, c’est notre ADN.

LRA : La restauration automobile, c’est aussi un travail artistique : les personnes qui ont participé au projet font partie de la marque depuis longtemps ? Ont-elles même assemblé des Countach à leur époque ?
AF : Nous avons beaucoup d’ouvriers qui ont travaillé dans les années 1990, mais ceux qui ont connu les années 80 sont aujourd’hui à la retraite. Nous avons gardé leur contact pour faire appel à leur savoir-faire si nécessaire, car le but du Polo Storico est de préserver ces techniques d’époque pour les transmettre.

LRA : Aux États-Unis, apporte-t-on le même soin à préserver les voitures historiques qu’en Europe ?
AF : Absolument, c’est une tendance forte là-bas. Avec l’expérience que j’ai acquise en Europe, en Amérique et aussi en Asie, la passion Lamborghini est très élevée partout dans le monde, y compris l’attachement à l’histoire de la marque, ses voitures, son héritage.

LRA : Quel est votre principal marché dans le monde ?
AF : Les États-Unis, comme en général pour le marché du luxe qui est le premier marché mondial. C’est historiquement, et de loin, un marché plus actif qu’aucun autre. C’est plus qu’un marché national, c’est un continent. On compare le marché états-unien au marché européen tout entier pour vous donner un ordre de grandeur. Chaque État compte, la Californie ou la Floride équivalent à l’Italie ou la France. Donc, c’est un peu compliqué de comparer les États-Unis avec l’Allemagne seule, par exemple. Pour se le représenter, si vous prenez l’Italie, c’est plus ou moins la taille de la Californie géographiquement, en démographie aussi. Pourtant ce n’est qu’un des 50 États des USA… C’est la raison pour laquelle les États-Unis sont le premier marché de Lamborghini.


LRA : Combien de collaborateurs travaillent au Polo Storico ?
AF : Au Polo Storico, nous sommes environ 10 personnes fixes avec des ressources externes lorsqu’on a besoin d’informations, de témoignages historiques ou de métiers spécifiques.

LRA : Moi, propriétaire d’une Lamborghini, où que je sois dans le monde, vous pouvez m’apporter vos services ou me venir en aide ?
AF : Je vous donne ma carte de visite, je suis là pour ça ! C’est notre approche. Nous avons bien sûr un réseau commercial de revendeurs qui vise nos clients, qui sont nos ambassadeurs, et à qui il incombe d’entretenir la relation client. Mais à un second niveau, c’est à la marque directement d’apporter ses services et de répondre aux besoins. Nous sommes en relation directe avec nos clients pour comprendre et satisfaire les envies, comme toute marque de luxe : le but est que nos clients fassent partie d’une même famille, et nous sommes là pour les rassembler. Quand on s’achète une Lamborghini classique, ce n’est pas une voiture de collection normale qu’on s’approprie, c’est une part de l’histoire automobile. C’est une expérience, et nous devons faire partie de cette expérience.

LRA : Et cette expérience ne se vit que dans les concessions Lamborghini officielles, ou comptez-vous aussi les différents spécialistes multimarques dans le monde ? En France, longtemps, la marque n’a pas eu de présence officielle à Paris, par exemple, et l’entretien des modèles était assuré par des carrossiers agréés…
AF : Nos concessions ont pour objectif de maintenir la relation commerciale avec nos clients, et nous sommes présents à leurs côtés lorsque c’est nécessaire. À nous de vérifier qu’ils sont de bons ambassadeurs sur le terrain de la marque, qu’ils offrent de bonnes relations et répondent à leurs attentes. Nous pouvons aussi compter sur notre CRM (système de gestion de la relation client, NDLR) qui collecte toutes les données sur les demandes clients, et nous ne laissons jamais de question sans réponse.

LRA : Le train de l’électrification est en marche et Lamborghini commence par l’hybridation : que pensez-vous du rétrofit et pensez-vous rétrofiter prochainement une Lamborghini ?
AF : Le rétrofit en termes de retirer un moteur à explosion pour passer à un moteur électrique, non : nous ne proposons pas ce type de service, car notre mission est de garder les voitures dans leur situation d’origine. À ce jour, nous n’avons produit que des modèles à moteur à explosion, et l’Aventador est désormais la dernière que nous produisons 100 % thermique. La prochaine sera hybride et la direction prise par l’entreprise est claire, comme l’a expliqué notre président, Stefan Winkelmann.

Dans le futur, nous aurons donc des hybrides et un modèle électrique, nous proposerons des pièces de remplacement pour ces modèles, mais nous n’allons pas transformer d’anciens modèles en électrique. Nous restons fidèles à notre histoire, et notre histoire est aussi celle des moteurs à explosion.


LRA : En 2023, Lamborghini fêtera ses 60 ans. Que prévoyez-vous ?
AF : Vous verrez bien ! En 2022, nous célébrons les moteurs V12, et nos icônes Miura et Countach en sont des ambassadrices.

LRA : Quel a été votre parcours avant de prendre la tête du Polo Storico et de l’après-vente Lamborghini ?
AF : C’est une longue histoire : j’ai commencé à travailler dans l’automobile pour des marques de grande série, comme BMW, et j’ai rejoint Lamborghini en 2006. J’ai toujours été dans le domaine de l’après-vente et de la proximité avec les clients comme des pièces détachées. Puis, de 2014 à décembre 2021, j’étais aux États-Unis comme directeur des activités Lamborghini pour toutes les activités américaines. Et depuis, j’ai pris la tête de l’après-vente et du Polo Storico.

LRA : Comment va le Polo Storico ?
AF : Le Polo Storico va bien, nos activités de certification et de restauration atteignent leurs objectifs qui sont de délivrer un service de qualité qui répond aux attentes de nos clients. Car il faut comprendre que notre mission de coller à l’origine de nos voitures est plus importante que la recherche d’une rentabilité immédiate : nous ne sommes pas sous pression, nous préférons d’abord entretenir l’héritage de Lamborghini et satisfaire nos clients. C’est un pur service qu’on propose, en formant du mieux possible nos collaborateurs et notre réseau, et nous n’exagérons pas en disant que c’est d’abord la qualité de ce service qui compte.

LRA : Pensez-vous que cette préservation de l’histoire de Lamborghini est une source de croissance pour la marque demain ?
AF : Chacun son activité : le Polo Storico œuvre jusqu’à la Diablo, l’objectif est d’entretenir l’histoire de la marque. L’activité après-vente s’attache à ce que nos clients demeurent fidèles à Lamborghini, et mon rêve serait que chacun de nos clients n’ait recours qu’à nos concessions et nos services d’entretien. Ce serait la clé d’un service efficace offert au client.

Nous menons également des missions de transit, comme déplacer une Lamborghini du Japon jusqu’à l’Italie… Nous pouvons tout faire.

LRA : Quelle est la plus inattendue des demandes que vous ayez reçues ?
AF : Je ne peux pas répondre à cette question : sachez seulement qu’on peut tout faire, et que le transit de voitures est une activité assez régulière… notamment pour la réparation de modèles que certains clients veulent voir réalisée seulement par l’usine. Et nous pouvons compter sur l’efficacité de notre réseau pour nous mettre en contact avec eux.

LRA : Combien de voitures ont été certifiées par le Polo Storico ?
AF : Nous certifions environ 20 voitures par an, et pour cela, nous constituons un dossier complet où nous passons tout en revue. Nous repartons du numéro de construction de la voiture et analysons chaque photo de son histoire, chaque équipement, chaque cote, et ça prend du temps. En 7 ans depuis 2015, nous avons donc approximativement réalisé 140 dossiers de certification. Il faut dire aussi que nous ne sommes pas des « machines à certifier » : c’est une activité où nous sommes prudents et méticuleux.

LRA : Quelle est votre Lamborghini préférée ?
AF : Je dois dire que j’aime la plupart de nos productions. Si je devais n’en retenir qu’une, très probablement choisirais-je la Countach, parce que c’est celle que j’affichais le plus dans ma chambre. À cette époque, je n’imaginais pas que je travaillerais pour Lamborghini, mais je trouvais déjà la Countach « super cool ». Et vous ?

LRA : Nous vous laisserons le choix, chers lecteurs, d’apporter chacun votre réponse.

Texte de l’éminence grise de l’improbable trublion M’sieur François Mortier ©.

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