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Essai nouvelle F-Type : Une Jaguar pour 3 âmes maudites !

L’ère Ian Callum s’est achevée en cette fin d’année 2019. Sa plus belle réussite, la F-Type, passe dès le modèle 2020, par les mains du nouveau chef du design, Julian Thompson. Jaguar profite de ce lifting pour revoir la copie technique de sa belle GT. La question de l’aficionado de F-Type, que je suis, est : « Est-elle toujours aussi jouissive ? » C’est pour répondre à cette question que je me suis sacrifié… en acceptant l’invitation de Jaguar qui nous a concocté un roadtrip lusitanien sur plus de 700 km en deux jours.

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Nouvelle F-Type, faisons connaissance…

Le rendez-vous m’est donné à Porto. En effet, la capitale économique du Portugal sera le point de départ de cette aventure. Mais pour rejoindre la ligne d’arrivée à Belém, le spot lisboète de la pâtisserie lusitanienne, il me faudra passer par des routes spectaculaires. On y reviendra, car pour l’instant, je vais rejoindre le train de banlieue qui doit me convoyer au Terminal Orly 1.
C’est ici qu’un Airbus A319 de la TAP devait décoller à 10 h 15 pour Porto. Je dis bien « devait », car les contrôleurs aériens ont décidé en cette belle matinée de février de prendre trois ou dix-huit cafés pour savoir s’ils allaient nous faire décoller. Que voulez-vous, ce sont les plaisirs de la grève.
Bien heureusement, 1 h 30 après l’heure prévue du décollage, le pilote annonce, tel un vengeur masqué, avoir négocié notre départ. Je prends place sur mon siège Recaro. Sous le numéro 11F, côté hublot. Je sors mon MacBook et plonge dans les informations techniques de la nouvelle bête de Jaguar.

Première information qui a son importance, notre F-Type perd son fabuleux V6 de 3 litres à compresseur. S’il se vend chez nos cousins yankees, il perd sa place en cœur de gamme au profit d’un V8. Étrange, non ?
Alors que la tendance est au downsizing (c.-à-d. : la baisse de la cylindrée des moteurs), Jaguar prend le contre-pied et nous propose non pas un, mais deux V8 de 5 litres à suralimentation. Le premier, qui fait office de milieu de gamme, dispose de 450 chevaux pour 580 Nm de couple. La F-Type R, conserve son V8, mais celui-ci gagne une poignée de canassons puisqu’il propose dorénavant 575 pur-sang pour un couple dantesque de 700 Nm. Les chiffres sont explosifs avec un TOP 100 expédié en 4,4 secondes pour le P450, alors que la R ne demande que 3,7 secondes.
Le malus vous fait peur ? Les allers-retours à la pompe trop fréquents ne sont pas pour vous ? Jaguar a la solution. Les concepteurs ont gardé en entrée de gamme le 4 cylindres turbo à injection directe de type Ingénium. S’il se contente de 300 chevaux et 450 Nm de couple, il compense cette perte de puissance par 223 kilogrammes de moins sur la balance. De quoi gagner en agilité, ce qu’il perd en vélocité. Un effet qui se voit sur les chronos puisqu’il réalise le 0 à 100 km/h en 5,7 secondes. Autre avantage, il est donné pour une consommation moyenne de 8,1 litres aux 100 km (184 gr de CO2), alors que le gros V8 demande 11 litres (252 gr de CO2).

Rencontre avec la nouvelle F-Type…

Mine de rien, cela fait déjà 2 heures que je potasse les fiches techniques et le communiqué de presse. L’avion, lui, commence sa descente. La belle hôtesse à la longue et belle chevelure noir brillant me demande dans un français balbutiant et tellement charmant de refermer le clapet de mon outil de travail.
Je parle du portable…

Le pilote pose avec délicatesse les roues du Bus des airs et se dirige vers sa station d’accueil pour décharger la marchandise. Bagage en main, je marche sur le chemin balisé qui me dirige vers la « SAIDA ». Un gros panneau orné du félin est porté par un G.O. de la firme. J’attends quelques confrères, car nous sommes une quinzaine à avoir été choisis par la marque pour faire cet essai. Nous nous dirigeons vers le parking premium. Elles sont là !

Le soleil étincelant se projette sur la carrosserie. Je plonge ma main dans mon sac de voyage pour y trouver mes binocles teintés. Je les sors de l’étui, les pose fissa sur le nez. Je peux enfin examiner l’Anglaise dans toute sa splendeur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que pour un lifting, Julian Thompson s’est véritablement affranchi de son maître.
Fini, les optiques remontant sur le capot moteur. Elles deviennent extrêmement fines, se positionnent bien plus bas et longent la ligne horizontale de caisse. La calandre est plus large, agressive et semble vouloir gober tout ce qui se met devant elle…
Le profil a su conserver son style, avec un habitacle posé au maximum sur le train arrière laissant ainsi la place à un immense capot moteur devenu plus plongeant qu’auparavant. Je continue mon petit tour du propriétaire et me réjouis de voir que le trois quart arrière a conservé toute sa sensualité. Le galbe de ses hanches est toujours aussi splendide ! Le popotin musculeux et fortement inspiré de la Type-E est lui aussi conservé. Il n’y a que les feux à LED qui ont été légèrement revus. Ils gagnent en largeur et le dessin imite une chicane de circuit.

Avant même de pénétrer dans le cockpit, la F-TYPE régale ses occupants d’effets spéciaux en déployant ses poignées de porte. Ici, rien n’a bien changé, on retrouve l’habitacle étriqué mais luxueux. Il combine le savoir-faire traditionnel et de riches matériaux contemporains. Le cuir Windsor et la finition Noble Chrome satinée font leur effet !
La planche de bord n’est pas en reste avec ses prises d’air faisant le Yo-yo et les compteurs désormais digitaux. Les informations s’affichent sur un écran HD TFT de 12,3 pouces, configurable, avec des graphiques exclusifs à la F-TYPE. Il offre le choix entre différents affichages y compris la carte de navigation mais, comme il convient sur une vraie sportive, il affiche par défaut le large compte-tours central. Comme un appel au crime, le bouton « START » amène la voiture à la vie avec son flamboyant signal sonore, plus déterminé que jamais.

Du baroufle au plaisir !

Essai F-Type P450

L’aventure commence avec la grosse nouveauté. Comme la gamme dit adieu au V6 compresseur, les motoristes nous proposent en lieu et place de celui-ci un V8. Le même que l’ancienne F-Type SVR, sauf que celui-ci est bridé et perd une « poignée » de canassons… 125 pour être exact. Ne sortez pas votre calculette, on a fait la soustraction pour vous. L’écurie cumule donc 450 pur-sang. Comme si le bonheur ne suffisait pas, mon engin est en plus amputé de son toit. Les concepteurs lui ont offert en échange une capote souple à mécanisme électrique. Ni une ni deux, j’appuie sur la commande d’ouverture de la capote et lance le « small-block ». Le tonnerre gronde ! Si ce V8 a perdu des équidés, il n’a pas perdu sa voix.
Le thermomètre indique 12 °C. Nous roulons sur autoroute, bien calés à la vitesse maximum légale, pourtant il n’est nul besoin de sortir la couverture ou la chapka. Les remous sont parfaitement retenus par l’aérodynamique et la ventilation nous recouvre d’un doux manteau chaud. Le plaisir est à son comble lorsque nous sortons de la longue langue de bitume demandant rétribution pour atteindre les rives du Douro.
La route devient imparfaite, et époustouflante. Elle serpente sur plusieurs dizaines de kilomètres. Point de salut pour moi. Il me faut goûter au mode sport. Ici, le roadster change littéralement d’âme. Les gentils ronrons gagnent plusieurs décibels. La boîte s’empresse de faire passer la puissance aux roues arrière qui, elles, ne cherchent qu’à vous faire sortir les yeux des orbites. La JAG devient comme endiablée. Chaque appui sur la pédale de droite ouvre les poumons du bestiau et laisse tomber une goutte de sueur sur mon front. Le train avant, plutôt lourd, demande une belle poigne pour lui ordonner d’obéir, alors qu’il faut en même temps gérer le popotin pour qu’il ne passe pas devant. Un exercice pas si difficile qui en prime nous laisse apprécier la mélodie du diable résonnant sur les parois des grands vins de Porto.


Essai F-Type P30

C’est la fin de journée. C’est avec un grand regret que je laisse les clés du roadster pour une autre F-Type. Celle-ci est la plus civilisée. Il s’agit d’un magnifique coupé, mû par… le 4 cylindres. Le démarrage est bien moins démonstratif, mais ne manque pas de charme, tout comme sa conduite sur la rapide N340 qui nous fait profiter du spectacle de la nature lusitanienne. La route est bordée de champs de chênes-lièges, de forêts d’eucalyptus pour se terminer sur les oliviers plus que centenaires.
Notre P300 se révèle véritablement ici. Son train avant, allégé de près de 140 kg, lui offre une agilité surprenante. Avec elle, tout se fait sur les freins. Avec un peu de maîtrise du lever de pied, on la fait légèrement pivoter sur ses roues avant pour ressortir pied au plancher. Elle, elle ne se pilote pas avec hargne, mais avec un brin de délicatesse et surtout des trajectoires le plus rectilignes possible.
Le soleil se couche et nous voilà maintenant sur l’autoroute A23. Elle longe le parc naturel da Serra da Esrela. La zone la plus ancienne et la plus protégée du Portugal qui s’étend sur 888 km2. Au centre, en levant les yeux au-dessus du plateau sauvage parsemé de blocs de pierre, s’élève le Torre. Le sommet le plus haut du Portugal continental. Il culmine à une hauteur de 1 993 m. Des cours d’eau proches du torrent, y compris la Mondego et la Zëzere dont les sources se trouvent ici, fournissaient l’énergie hydraulique pour filer et tisser la laine du coin pour la transformer en tissu.
Cette fois, il fait nuit noire. Les LED s’activent et leur couleur blanche éclatante illumine l’environnement. Le système gère, par ailleurs, les pleins phares ou les feux de croisement. Je n’ai qu’à m’occuper de mon volant et profiter de la finesse du moteur sur autoroute. Sobre (9 litres de moyenne ici), silencieux et doté d’une belle armada, il ajoute encore des atouts à son jeu.

Nous terminons notre première journée en arrivant au magnifique hôtel de Convento do Seixo dans la ville de Fundao. Reconstruit avec soin sur les ruines d’un monastère du 16e siècle en utilisant de la pierre ancienne et des blocs de granite pour ses murs, l’hôtel est entouré de la chaîne de montagnes de Gardunha avec des vues sur le nord de la Sierra da Estrela. Un bacalhau na Brasa et hop, je me jette sous les draps.


Essai F-Type R

Après un sommeil perturbé par les envoûtantes mélodies de la veille, mon smartphone sonne enfin. Une douche. Un petit-déj copieux. Une conférence technique avec un expert britannique et je saute dans la dernière version disponible à l’essai.
Elle, elle est habillée d’une robe jaune flamboyante.
Elle, elle a le V8 de l’ancienne SVR.
Elle, elle est dorénavant le haut de gamme.
Elle, elle coûte 126 400 € minimum.
Elle, elle catapulte ses occupants dans la stratosphère.
Elle, elle se nomme F-Type R.

Avec 575 chevaux et 4 roues motrices, notre dernier périple prend la direction du sud-ouest et de la N238. Cette route qui s’élève vers les cimes des plus hautes falaises est considérée comme étant la route la plus difficile du pays. Ça promet !

J’avais raison ! Cette F-Type est une machine sortie des forges d’Héphaïstos. Elle a un peu de sang divin qui coule dans ses injecteurs. Chaque accélération déchire le tarmac. Les appuis en virage collent les trains roulants à la moindre aspérité pour des passages en courbe à vous déboîter le crâne. Pendant ce temps, l’échappement libère des pétarades à réveiller les morts.

Bien heureusement, pour nous remettre de nos émotions, à mi-chemin de notre trajet vers Lisbonne, les G.O. Jaguar nous ont prévu un break au Centre Geodésico de Portugal. Ceci est le centre géographique du Portugal, il est signalé par un « Cabo », une tour portugaise traditionnelle qui donne une vue panoramique de 360° grâce à son point d’observation de 600 mètres. Comme la journée est dégagée, nous avons pu voir la chaîne de Sierra Estrela qui se trouve à plus de 100 km. Un spectacle à part entière !

Après avoir fait notre pause technique et terminé notre café, nous nous lançons sur la N2 qui nous amène près d’Abrantes, qui marque le début de l’ancienne route (N118). Elle relie l’Espagne à Lisbonne en suivant le chemin sculpté par le Tage. Les couleurs ocres, rougeoyantes sont contrebalancées par les bleus du ciel et la terre noire comme l’âme de notre engin. Car il est devenu impossible d’abandonner sa brutalité. On aime ça, et pire on en redemande. J’ai l’impression d’avoir été envoûté par Aphrodite.
Mais voilà… le « bip » redondant de la jauge à essence aura tout de même raison de mon enchantement à écraser la pédale de droite. En même temps, avec les 26 litres de moyenne, nous ne rejoindrons pas la Torré de Belém, notre point final.


Performance


Performance
5 / 5
Tenue de route
5 / 5
Habitabilité
2 / 5
Consomation
2 / 5
Prix
4 / 5
Confort
3 / 5

Verdict : la raison

Verdict : la passion

  • - Un V8 onctueux et un V8 de feux
  • - Lignes de poupes toujours aussi sensuelles
  • - À chacun sa F-Type
  • - Les tarifs restent "abordables"
  • - La disparition du V6
  • - Les malus sont à bloc

Conclusion:


Une carrosserie, trois interprétations.

Je profite de la terrasse de l’Espaco Espelho d’Agua pour admirer le célèbre Ponte de 25 de Abril qui, avec 2,3 km, est l’un des plus longs ponts suspendus au monde, et pour me recueillir.

Bon, vous l’aurez compris, les routes intérieures de la Lusitanie sont d’une beauté rare. Mais ce n’est pas la première fois que je vous le narre. Ce qui m’intrigue, c’est plutôt cette nouvelle génération de F-Type. Si sa carrosserie a évolué, elle reste toujours l’une des plus élégantes autos du moment. Un effet sûrement dû à son popotin et à ses hanches à se damner. Mais entre la P300, la P450 et la R se cachent trois caractères bien distincts.

La F-Type P300 est un superbe coupé sportif. Ses 300 canassons expédient la JAG à très vive allure, sans jamais faire violence à son pilote. Elle se place en concurrente logique des 718 Cayman, Alpine A110 et Toyota Supra.

La F-Type P450, monte franchement d’un cran. Son V8 est à la fois onctueux, rond et mélodieux. Mais, si l’envie vous prend de la passer en mode « Sport », la belle troquera ses Louboutin pour des Dock Martin’s. Plus question de raffinement, elle vous « foutra » un coup de pied au cul à chaque accélération.
Sa polyvalence est quant à elle plus proche d’une Porsche 911 Carrera S.

La F-Type R, c’est Belzébuth. Bien sûr, elle sait être calme. Mais c’est pour mieux vous amadouer. Elle attend sagement dans son coin, le moment fatidique. Celui où une belle route s’ouvre devant elle. Car elle sait. Le pilote va se transformer en diablotin. Ici, elle hurle, cabre, engloutit et même détruit tout. Cette violence ne se retrouve que dans les supercars, telles une McLaren 570 ou une Ferrari.

Alors votre choix se porte sur la sportive, la schizophrène, ou le diable habillé en Prada ?