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Essai Ford Mustang GT : 2 petits tours et puis s'en va

Il y a des noms, lorsque nous sommes passionnés, qui évoquent immanquablement les grandes heures de l'automobile. Le Mans est de ceux-là, la ville accueillant l'une, si ce n'est la plus grande course du monde. Mais son circuit de 13,626 km, en partie routier, offre très peu d'occasions d'y rouler. Aussi, lorsque Ford me propose 2 petits tours à bord de sa nouvelle Mustang V8 GT, je suis prêt à quelques efforts.

+ de photos Ford Mustang GT V8 Le Mans

Le périple a lieu le jeudi 14 juin, jour des essais qualificatifs. Mais pour me rendre au Mans, je dois partir de chez moi à 6 heures du matin, prendre un bus, deux RER puis un métro avant de marcher un petit demi-kilomètre jusqu’à chez Ford. Là, m’attend au fond d’un parking sombre une Mustang GT Fastback noire. Sans doute porte-t-elle déjà le deuil de ma vie d’avant, quand je ne pouvais pas encore me vanter d’avoir tourné sur le circuit mythique du Mans avec un V8 sous le capot, quand je n’étais encore – presque – qu’un enfant.

Ford a eu la bonne idée de ne pas choisir le mode d’échappement silencieux, celui pour ne pas (trop) déranger ses voisins. Ici, de voisins il n’y en a point et les murs sont épais alors, lorsque je démarre le V8 5,0 litres de 450 ch, le sous-sol entier semble envahi de chevaux sauvages, très sauvages. Je sors la bête du parking et me faufile presque inaperçu dans la rue de Paris. Bon, en vérité et malgré le noir de mon modèle je suis dans l’incapacité totale d’être discret et m’attire nombre de signes de sympathie. La Mustang est un mythe et séduit toujours autant les passants. Pour l’anonymat, vivement Le Mans et sa grand-messe automobile où je pourrai disparaître au milieu des Porsche, Ferrari et autre Aston Martin, TVR et Noble aux couleurs chatoyantes.

Mais pour ça, il me faut d’abord couvrir 200 km d’ennui autoroutier. Un trajet avec trop peu de gares – quoique, il y en a toujours de trop en réalité – de péage, seul endroit où l’on peut encore partir en trombe en enclenchant le mode sport et faire sonner les 4 sorties d’échappements. Pour tromper la monotonie, à 3 reprises je sors sur une aire que je traverse sans m’arrêter, juste pour profiter de la voie d’insertion pour mettre le pied au plancher et faire rugir le V8… jusqu’à 130 km/h bien entendu.

Le Mans, une ambiance unique

Le Mans est une fête, une fête automobile ou règne une ambiance passionnée et bon enfant. Des parkings et campings à perte de vue sur lesquels il n’est pas rare de croiser des voitures qui, elles, le sont, rares. Ainsi, où que l’on regarde, nous pouvons tomber sur une Noble M12 GTO, une TVR T350, une Ferrari F40 ou une Marcos Mantara LM500. Où que vous tendiez l’oreille, vous pourrez entendre le Flat6 de la dernière GT3 RS, le V12 d’une superbe Ferrari F50 ou l’inimitable V10 d’une Carrera GT qui concurrence le V12 de cette superbe Aventador SV. Ce sont des gens à pied qui ne cessent de s’extasier devant telle ou telle voiture alors qu’il en passe partout, ce sont des campings qui sentent le barbecue ou encore cet Anglais qui dort à même le sol et qui a pris soin d’ouvrir la portière de sa Dino 246 GT pour se faire de l’ombre. Loin de passer inaperçue, ma Mustang attire là aussi regards, téléphones portables et autres appareils photo. Définitivement, la Mustang est un monument de l’histoire automobile et elle trouve grâce aux yeux des gens, même entourée de belles et rares mécaniques.
Ford GT Le Mans
Les 24 heures du Mans ne se passent pas que sur la piste, mais c’est tout de même avec celle-ci que j’ai rendez-vous dans quelques heures, le temps de déjeuner, de visiter les stands Ford et de rencontrer leurs pilotes puis il est l’heure.

Le grand circuit, un grand moment

Je rejoins le groupe Ford et ce sont 8 Mustang, 2 rarissimes Ford GT et un improbable Ford Raptor (lire l’essai) qui se massent sur un accès piste entre le virage Corvette et le… S Ford, forcément. Après un court briefing nous expliquant que l’on n’aura pas le droit de doubler et que nous devrons suivre une voiture meneuse, il est temps de se lancer entre la course Road to Le Mans et les essais qualificatifs.

Deux tours. 27,252 km et des noms mythiques, ça laisse le temps d’en profiter. Durant le briefing, il nous a gentiment été demandé de ne pas faire n’importe quoi, de ne pas doubler, de ne pas prendre de risques, mais de ne pas hésiter à laisser la voiture devant prendre de l’avance pour tout de même pouvoir se faire plaisir. Il ne fallait pas me le dire deux fois, d’autant que la voiture meneuse aura, semble-t-il, imprimé un bon rythme qui n’aura frustré personne.

Ce sont donc 5 350 ch qui s’élancent sur la piste dans une bruyante cavalcade qui se rue sur le S Ford avant de faire vrombir les V6 et V8 dans la ligne droite des stands puis d’apercevoir la célèbre passerelle Dunlop. Passerelle qu’il est de bon ton de ne pas regarder pour passer la courbe éponyme puis son virage serré à gauche suivi d’un autre à droite. Non pas qu’ils soient très difficiles à prendre, mais il vaut mieux s’y prendre correctement tout de même. Puis, cette partie je la connais déjà, contrairement au virage de la chapelle qui suit, très rapide et qui nous amène sur le S de la forêt puis au virage piégeur du Tertre Rouge. Ce dernier est d’une grande importance puisqu’il détermine la vitesse que vous pourrez atteindre dans la ligne droite qui suit, celle des Hunaudières. Pour ce premier tour, j’atteins difficilement les 245 km/h avant le gros freinage pour la chicane Forza. Trop gros freinage d’ailleurs, je ne connais pas la piste et m’y suis pris bien trop tôt, trop fort, et me retrouve à faible vitesse pour relancer dans la deuxième partie de la ligne droite avant la chicane Michelin puis le virage à droite bien serré de Mulsanne. Tout juste le temps de respirer que je suis au S d’Indianapolis que je rate magistralement, ne sachant pas bien ou me mettre sur la piste et ne freinant pas où il faut avant d’aller piler au virage d’Arnage qui propose un angle de plus de 90°. Puis s’ensuivent les Porsche, très rapides et pas si faciles avant de passer la partie du circuit la moins rapide avec les virages du Pont et Corvette.
Arrière Ford Mustang GT
Premier tour, première impression. Le circuit est surtout tout droit, mais avec quand même quelques virages bien costauds et techniques. Ratez l’entrée d’un enchaînement de virages et c’est la punition immédiate en termes de chrono. Bref, je n’ai pas plus de temps à accorder à ces premières sensations que je suis déjà dans la ligne droite des Stands, je passe bien le Dunlop puis la Chapelle, je casse suffisamment ma vitesse pour passer correctement le Tertre Rouge et me lance à fond dans la ligne droite des Hunaudières, délivrant les 450 ch et 529 Nm, guettant mon compteur. Ce dernier plafonnera à 260 km/h compteur, semble-t-il, bridé. Les meilleurs LMP1 atteignant les 345 km/h avant le gros freinage de Forza, que je rate une fois encore. Mais cette fois, je suis arrivé avec trop de vitesse et ai dû attendre avant d’entrer dans la chicane. Il faut dire que la Mustang n’aide pas, entre son poids de 1 831 kg et son avant un peu flottant. Du coup me voilà hors trajectoire pour repiquer à gauche. Pilote, c’est un métier et Le Mans, c’est de l’entraînement !

Suite à ce gros freinage, les freins sentent très fort, mais la ligne droite suivante aide au refroidissement, avant de nouveau un gros freinage à la chicane Michelin que j’efface avec une efficacité qui flatte mon ego avant de me rater à Mulsanne. J’avais oublié qu’il se refermait autant et ma mise en vitesse pour la longue courbe du Golf est un peu fastidieuse, ce qui me permet d’arriver avec moins de vitesse à Indianapolis et de le passer plus proprement que sur le tour précédent avant de piler une fois encore à Arnage. Ensuite, c’est l’enchaînement des virages Porsche, du Pont puis Corvette en diminuant ma vitesse pour laisser refroidir la machine.

2 tours, 27,252 km et des noms mythiques qui ne laissent pas tant le temps d’en profiter. Ce fut l’histoire d’une dizaine de minutes, d’un grand sourire et de 15 litres de carburant qu’il est déjà l’heure de prendre la route dans l’autre sens, de parcourir 200 km d’autoroute, de marcher un demi-kilomètre, de prendre un métro, deux RER puis un bus avant d’arriver chez moi, passablement fatigué, mais heureux. Heureux d’avoir foulé ce circuit mythique et de l’avoir vécu, de savoir ce que représentent ces noms de virages et cette si longue et pourtant si courte ligne droite.

Etienne Roville

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