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Nouvelle Jaguar F-Type 2020 : Stupeur sur Londres

Quelque chose ne va pas en ce 2 décembre sur la capitale londonienne, il se trame nécessairement quelque chose. La météo est étonnamment clémente, le ciel bleu, la température acceptable pour un froggy et ni la route ni l’Underground ne sont emplis de cette habituelle effervescence. Décidément, quelque chose se prépare et c’est pour ça que nous sommes là. Le constructeur au félin présente la « nouvelle » F-Type. En fait de nouvelle, un facelift majeur pour cette belle Anglaise qui a traversé les années avec élégance.

Disons-le franchement, la F-Type est une des grandes réussites en terme de design automobile de la dernière décennie. Toucher à son identité visuelle inquiète, est-ce seulement possible de la retoucher sans la défigurer ? Quelques modifications esthétiques comme en 2017 sont-elles envisagées ? Ou les designers prendront-ils le risque de modifier ce dessin ? Voilà les questions que je me pose durant ma demi-heure de marche entre la gare de Saint-Pancras et le Design Museum où se tient la présentation.

Londres a ceci de passionnant qu’elle fait ressortir en moi l’enfant, ici amusé par un choix vestimentaire osé, là par une voiture de sport qui surgit au coin de la rue. Le passionné d’automobile tente de reconnaître au bruit celle qui arrive dans son dos. Quelques F-Type sont disséminées ici ou là sur mon trajet, comme un fait-exprès, pour me rappeler à quel point j’aime cette auto.

Je ne cesse de me réjouir de cette élégante fadeur des lignes, du coup de crayon simple que seul un génie sûr de lui peut produire avec réussite. La F-Type s’élève avec goût au-dessus de la mêlée, évite le mauvais goût facile et les accastillages inutiles. Elle ne cache pas un dessin hasardeux derrière des inserts clinquants, elle assume ce trait simple d’une efficacité aussi redoutable qu’un jaguar en chasse. Elle reprend de ce dernier un arrière sculptural, musculeux, prêt à bondir tandis que l’avant mime un Jaguar au regard acéré.

En arrivant sur place, je glane quelques informations. Le V6 disparaît du catalogue européen et 3 niveaux de puissance sont désormais proposés sous la forme d’un 4 cylindres Ingenium de 300 ch puis de deux V8 compressés de 450 et 575 ch. Ce dernier et surpuissant moteur est celui de la F-Type R, qui prend la puissance de feu la SVR sans en prendre la V-Max (300 km/h au lieu de 322). La 300 ch n’est disponible qu’en propulsion tandis que la R ne l’est qu’en traction intégrale, la 450 ch laisse le choix à l’acquéreur. Les prix s’échelonnent de 64 490 € pour une Coupé V6 en boîte manuelle jusqu’à 132 960 € pour un cabriolet V8 R en boîte automatique, le tout s’entend sans options.

Ces premières et fraîches informations rassurent au moins sur le caractère mécanique de la F-Type mise à jour et nul doute que le caractère auditif demeurera délectable. Attendons les essais routiers pour en juger définitivement. Pour patienter, je me recentre sur le dévoilement proche de la sportive anglaise. Sous deux bâches je distingue aisément un coupé, un cabriolet et un avant fuyant qui ne me rassure pas. Dans la sa salle, pleine d’une centaine de journalistes et de clients de la marque, l’ambiance est radieuse et l’on écoute Julian Thompson, nouveau patron du design de la marque, un verre de champagne dans une main et un amuse-bouche dans l’autre. Une certaine insouciance règne et je me sens seul avec mon confrère de Top Gear magazine à craindre le pire, à vouloir savoir tout en ne voulant pas vraiment voir. Puis c’est le moment, le drame….

Les bâches disparaissent et un silence pesant s’abat sur la salle, sans sommation, gênant. La stupeur, personne ne bouge, ne parle, apathie générale. Un applaudissement poli se fraie un chemin, fait des émules, sans passion, court.

Avec du recul, cette F-Type est une belle GT, mais elle a perdu l’ipseité qui faisait d’elle une Jaguar. Une Maserati ? Un concept Chinois qui ne verra jamais la production ? Tout est envisageable. Heureusement, l’arrière demeure quasi identique et seuls les feux perdent leur décochement arrondi pour adoper une forme de chicane. L’habitacle n’offre pas de révolution, mais tout de même deux écrans, l’un de 12,3 pouces pour l’instrumentation et l’autre, tactile, élégamment intégré dans la planche de bord. Les surpiqures des sièges reprennent la forme de la grille de calandre…

… La calandre, je ne peux plus éviter le sujet de la face avant. L’idée des designers était de donner un coup de jeune à la F-Type en affinant les feux avant grâce aux technologies LED inexistantes ou presque en 2013. En étirant les phares, la face avant veut gagner une impression de largeur qui manquait, semble-t-il, précédemment. Dans la même optique, la calandre est abaissée et élargie afin de donner à l’avant l’impression d’avaler le sol. Il n’empêche, cet avant manque de caractère, peut-être les feux auraient dû être un peu creusés, renfoncés, afin d’offrir un regard plus sauvage a ce jaguar trop domestiqué.

Ce nouvel avant demandera, au mieux, du temps pour s’y habituer sinon demeurera une déception définitive qui pourra être atténuée une fois le volant en main.