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Essai caterham seven 275s amplificateur de sens

C'est le printemps, les beaux jours reviennent, les tenues se font plus légères, et c'est à nouveau le moment de sortir les décapotables afin de profiter pleinement du réveil de la nature. Nous avons plutôt opté pour une voiture " plus ou moins capotable " en choisissant la toute nouvelle Caterham 275S. Au premier abord et si l'on ne se fie qu'aux photos, elle ne semble pas si nouvelle que ça, puisqu'elle reprend tout ce qui caractérisait les précédentes, en modernisant ‚Äì un peu ‚Äì l'ensemble. Mais c'est justement ce que nous lui demandons : conserver ce qui fait le charme de cette Lady depuis plus de 40 ans et être en même temps une vraie machine à frissons, qui met tous vos sens en éveil.

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La vue, d'abord, doit s’adapter à cette Seven. En effet, assis très bas, nous découvrons la route et ses aspérités plus tardivement que dans n’importe quelle autre voiture. De plus, nul besoin de rouler extrêmement vite pour avoir une impression visuelle de vitesse. Le terme de « jouet pour adulte » convient à merveille à la Caterham, nous nous retrouvons comme des enfants, à considérer le monde depuis en bas. Tout paraît grand et démesuré, depuis la moindre Clio, qui prend des allures de monospace jusqu’aux SUV qui se transforment en chars énormes sous nos yeux. Ces grosses voitures, justement, il faut s’en méfier, ainsi que des conducteurs peu attentifs, car nous sommes tellement bas que, si nous sommes trop près ou dans un angle mort, certains ne nous repèreront tout simplement pas. C’est à nous d’être doublement vigilants et de savoir ne pas nous placer dans ce genre de situation. Mais le plaisir reste malgré tout entier, voire redouble dès que l’on s’éloigne un peu de la circulation. Nous voyons le paysage défiler devant nous, et en même temps derrière nous dans le miroir chromé des phares avant. Juste à côté, nous admirons le ballet continu des roues qui réagissent sous nos yeux à la moindre sollicitation du volant, impossible de s’en lasser !

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Le regard des gens que nous croisons participe tout autant à notre plaisir, la Seven possède un capital sympathie rarement égalé et nous ne comptons plus les pouces levés et autres saluts bienveillants sur notre passage. Que ce soit auprès des piétons, des automobilistes ou des motards, elle fait l’unanimité. Les enfants l’adorent, et les voir se coller à la fenêtre, émerveillés, tandis que nous les doublons, ou bien encore les rendre heureux d’un sourire ou d’un signe de la main nous ravit sans limites.

Les roues quant à elles font appel de manière exaltante au toucher. C’est bien simple, nous avons l’impression de ne faire qu’un avec la route, de la ressentir dans nos fibres en permanence. Quand le revêtement change, même de façon minime, nous l'éprouvons immédiatement, si la chaussée n’est pas parfaitement plane, nous le savons, s’il y a des aspérités ou de très légères ornières, la voiture les suit et nous avec. Malgré ses pneus plutôt larges (195/45 R15), montés sur des jantes Orcus en aluminium, la Seven reste facile à manœuvrer sans aide grâce à son poids plume de 540 kg. Les pneus semi-slick Avon CR 500 participent pleinement à ce toucher de route purement exceptionnel, et le volant, minuscule et vous donnant l’illusion que vos mains ont démultiplié leur puissance, exempt de direction assistée contribue complètement à cette sensation. La direction est ultra précise et, avec seulement 1,93 tour de butée à butée, elle est également très directe. Sur route sinueuse, c’est tout simplement un régal. Assis sur l’essieu arrière, point de pivot, les sensations sont aussi inhabituelles qu’agréables, nous faisant vivre les courbes de manière inédite en voyant d’abord tout l’avant plonger à l’intérieur du virage et le reste de la voiture suivre. Le train avant est redoutable d’efficacité et si nous avions quelques appréhensions sur la tenue de route du train arrière, elles sont vite effacées. À moins de vraiment y aller très fort ou de vouloir le faire décrocher, ce qu’il fait de façon très saine, il reste agrippé au sol et ne nous surprend jamais. Bien entendu, sur route humide, il faut savoir raison garder et conduire avec un œuf sous le pied, pour autant, la tenue de route nous a agréablement surpris, même dans ces conditions et c’est au freinage qu’il faut être attentif, celui-ci ne bénéficiant d’aucune aide. Cependant, les freins sont correctement dimensionnés et stoppent la voiture sans coup férir. Avant d’arriver à bloquer les roues sur route sèche, nous disposons d’une sacrée marge !

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Pour conclure le chapitre du toucher, nous éprouvons notre lot de sensations, en communion avec l’ensemble de la voiture, car tout le corps participe. Les pieds sur des pédales assez dures et plutôt serrées, les mains et les bras, d’abord à travers le volant, mais également par le maniement du levier de vitesse. Assez rugueux, il ne pose pour autant aucun problème à l’usage et les débattements très courts sont un réel plaisir. Le bassin participe énormément, toutes les sensations de conduite passant d’abord par lui pour irradier ensuite dans le reste du corps. Au moindre effleurement de la pédale de droite, les 165Nm de couple relancent notre poids plume et les 135 ch partent à l’assaut de la zone rouge située au-delà des 7 000tr/min, faisant tout vibrer. Les reprises sont très bonnes et ont toute leur utilité pour doubler les « énormes » Peugeot 107 qui nous bouchent la vue. La vitesse maximale donnée pour 196 km/h est largement suffisante pour perdre son permis, et si la Seven ne rechigne pas à les atteindre, très honnêtement, ce n’est pas là que réside le plaisir à son volant.

L’odorat est lui aussi très sollicité, selon l’environnement nous respirons tout ce que nous offre la nature, surtout au printemps où tout éclot. Si les espèces d'arbres alentour changent, nous le percevons, il en va de même pour les champs, leur odeur évoluant selon les cultures qui y sont faites. Parfois entêtante comme le colza, parfois fraîche et vivifiante comme un sous-bois. Le moment de la journée pendant lequel nous roulons détermine les différentes senteurs, que ce soit en plein après-midi sous un soleil de plomb et un air sec, ou bien au petit matin, à l'heure où les fleurs libèrent leurs effluves. Rouler au soleil après une pluie chaude et respirer le parfum qui monte du bitume à mesure que l’eau s’évapore nous donne un sentiment de bien-être et de liberté si intense qu’il en devient difficilement exprimable. Malheureusement, il y a une contrepartie à ce plaisir quand, le soir venu, arrive pour les citadins le redoutable moment du retour. La voiture totalement ouverte et notre position basse nous mettent à l’épreuve des pots d’échappement, et rouler dans les bouchons se transforme vite en supplice. Les tunnels deviennent également un moment délicat, et nous nous retrouvons même contraints à retenir notre respiration le temps de les traverser.

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Cependant, nous y trouvons une autre satisfaction, car désireux de nous en extraire rapidement, nous enfonçons l’accélérateur et savourons ainsi le grondement du moteur, amplifié par les parois du tunnel. Malheureusement, dès lors que la circulation est dense, le bruit est difficilement supportable, pas celui de notre Seven 275 bien sûr, mais la cacophonie produite par les bruits de roulements et d’échappements des autres usagers, tout est accentué par rapport à ce que ce que nous avons pu connaître avec n’importe quel autre cabriolet.
La sonorité du moteur Ford 1,6 L Sigma est bien typée sport et se fait bien entendre par l’échappement latéral, côté passager. Passager qui peut d’ailleurs trouver ce bruit étourdissant à la longue, ce que finira par ressentir à la longue le conducteur lui aussi. Les bruits d’air sont également de la partie, tout comme les turbulences pour les grands gabarits qui en prendront plein la tête. Mais, une fois de plus, au rythme d’une balade bucolique, c’est malgré tout le son de la brise dans les feuillages accompagné du chant des oiseaux que nous apprécions, preuve s’il en fallait, qu’aimer et posséder une voiture de sport ne fait pas de nous des gens insensibles à mère Nature.

Le dernier de nos cinq sens, le goût, demeure le moins sollicité. Si ce n’est lorsque nous avalons par accident quelques insectes… Mais bon, pour cela, il faut être très grand et dépasser largement au-dessus du pare-brise, ce qui implique une longueur de jambe incompatible avec une Caterham, et qui reste finalement très rare.

La Caterham Seven 275S est une voiture qui se vit et se ressent. Ce n’est pas un moyen de déplacement pour aller d’un point A à un point B, c’est une compagne de voyage avec qui l’on partage un moment privilégié et qui n’a aucun secret pour vous, et s’il faut aller d’un point A à un point B, et bien nous prendrons le soin de faire toutes les autres lettres de l’alphabet au préalable, et si possible dans le désordre…