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Essai Jaguar F-Type P300 : l’indigne roturière ?

Avant de lui faire nos adieux, nous avons récupéré les clés de la toute dernière F-Type. Nous n’avons pas pris n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de la Chequered Flag P300. Une belle Anglaise qui a été amputée de plusieurs chambres à combustion, pour se contenter d’un « banal » 4 cylindres à turbocompresseur, plus adapté à propulser une berline qu’une GT.
Alors que vaut cette F-Type P300 ?

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La roturière F-Type ?

Il y a encore peu de temps, ce coupé aux lignes flamboyantes n’était vendu qu’avec deux divins groupes motopropulseurs. Il avait le V6 de 340, 380 et même 400 chevaux et le V8 faisait grimper la cavalerie à 550 voire 575 chevaux sur la SVR. Des motorisations reconnues par le petit monde de l’automobile comme les plus mélodieux de ces dernières années. Avec leur puissance et leur caractère de brute épaisse, ils faisaient de la F-Type la concurrente directe de la reine Porsche 911 Carrera.

Mais voilà, la réalité économique et industrielle a toujours raison. Jaguar se devait de vendre plus et donc d’ouvrir son catalogue vers le bas. Les marqueteurs ont donc eu l’idée de lui greffer le tout dernier moteur en aluminium de 300 chevaux de la berline XE. Si sur le papier les 300 canassons paraissent être une puissance raisonnable, c’est le nombre de cylindres qui fit scandale. En effet, dans cette opération la F-Type perdit un minimum de 2 chambres à combustion et du coup, son titre de noblesse.

La symphonie F-Type ?

Mais ne soyons pas bougons, car la firme anglaise a tout de même bien fait les choses. Ce moteur à 4 cylindres est donc de la série des Ingénium. Il est conçu en aluminium pour limiter son poids et donc l’inertie des pièces en mouvement. Cubant deux « petits » litres, les motoristes ont dû lui greffer une suralimentation double pour atteindre les 300 chevaux. Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, ce turbo « Twin Scroll », fait grimper le couple à 400 Nm. Le tout passe uniquement sur le train arrière via l’excellente boîte séquentielle à 8 rapports.

Et le son, me diriez-vous ? Les chefs d’orchestre de la mélodie moteur ont travaillé d’arrache-pied pour que ce tristement banal 4 pattes ne sonne pas comme une voix enrouée. Pour ce faire, l’admission et l’échappement lui sont propres. D’ailleurs, notre joujou est équipé de l’option « bouton magique » sur la console centrale, prévu pour accentuer son effort acoustique. Le résultat se fait bien ressentir au démarrage. Le 4 cylindres s’égosille d’une voix caverneuse, avant de descendre de plusieurs décibels quelques secondes plus tard. Malheureusement, dès que l’on roule, on ne retrouvera pas le charme des montées lyriques du V6 et encore moins le grondement du V8. Sa petite voix de baryton peine à prendre de l’ampleur.


Pourtant ... il pousse ce P300 !

Si la mélodie n’est jamais impressionnante, ce moteur n’est pas à la traîne avec l’aiguille du compteur de vitesse qui ne demande que 5,7 secondes pour atteindre les 100 km/h et lui permet de prétendre à une vitesse de pointe de 250 km/h sur son affichage bloqué à 300. Le « petit » V6 fait à peine mieux, surtout qu’il lui concède 52 kilos sur le train avant. De quoi compenser les 40 chevaux qui lui manquent et surtout augmenter sa maniabilité sur routes sinueuses. Ici, son agilité fait merveille avec des roues avant qui se placent au millimètre et un train arrière qui pousse l’ensemble pour enrouler la moindre courbe.

Vous êtes joueur ? Déconnectez les aides et ce petit félin partira en glisse à chaque appel marqué du pied droit. L’usage à forte dose du contre-appel deviendra une nécessité vitale.

En ville ? Tout comme les autres F-Type, cette P300 s’accommode tant bien que mal des impératifs urbains. Du moins si l’on accepte les suspensions très fermes, le rayon de braquage ridicule, la visibilité crasse et la consommation de camion. Par contre, les badauds vous remercieront, car eux profiteront du spectacle de ses courbes.

Plutôt bourgeoise que noble !

La F-Type à 4 cylindres permet de drastiquement réduire le prix d’attaque avec un ticket d’entrée de 62 220 € en coupé et légèrement plus en roadster. Du côté de la concurrence, on trouve principalement le Porsche 718 Cayman qui, avec la boîte PDK, est affiché à un peu plus de 60 000 €. Question équipement de série, ce dernier ne fait pas mieux que la Jag !

Ma finition Chequered Flag réclame un supplément d’environ 14 000 € sans compter les 5 000 € d’options. Ce qui, vous l’aurez compris, met cette F-Type à plus de 81 000 €, soit à la portée de toutes les bourses… n’est-ce pas ?

Performance


Performance
4 / 5
Tenue de route
5 / 5
Habitabilité
2 / 5
Consomation
2 / 5
Prix
4 / 5
Confort
3 / 5

Verdict : la raison

Verdict : la passion

Conclusion:


Ce qu’il faut retenir

Ce 4 cylindres ne fait pas de miracles et ne peut me faire oublier la voix du V6 et la rage du V8. Mais son prix raboté, ses prestations dynamiques intéressantes et sa ligne toujours aussi sensuelle font d’elle un objet de désir.