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Essai Renault Clio V6 : le bug de l'an 2000

Pour son centenaire, Renault dévoile un étonnant concept à moteur central arrière, aux allures de Clio. Contrairement à la majorité des prototypes qui restent sans suite, celui-ci va donner naissance, en 2000, à la Clio V6...

+ de photos Renault Clio V6

On dit souvent que la frontière entre le génie et la folie est étroite. Plus d’une décennie après, on ne sait toujours pas dans quelle catégorie ranger cette Clio d’un autre genre. Renault Sport n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Souvenez-vous du Spider qui allait jusqu’à proposer une version sans pare-brise. Le pétage de plomb de Dieppe est peut-être ici encore plus marquant lorsqu’ils ont l’idée de loger derrière les deux sièges le V6 maison dans la carrosserie choisie. Même les Anglais n’auraient pas osé le faire…

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Des gènes anglais

Mais il fallait bien que des Britanniques soient impliqués d’une façon ou d’une autre dans un projet aussi fou. Si vous avez l’occasion de lire La loi de la traction, le livre consacré à la Mégane R.S., vous verrez qu’il y a eu une autre collaboration franco-anglaise depuis, et je n'évoque même pas le mariage entre Alpine et Caterham qui finit par aboutir à un divorce. Quoi qu’il en soit, c’est à la société TWR (Tom Walkinshaw Racing) qu’incombe la tâche de développer la Clio V6. La production se fait sur le site d’Uddevalla, en Suède.

Très proche du concept dévoilé au Mondial de Paris, le modèle de série commercialisé en novembre 2000 ne partage finalement que peu de choses avec la « vraie » Clio. L’empattement est rallongé pour loger le gros moteur en lieu et place de la banquette arrière tandis que des matériaux composites sont utilisés sur la carrosserie. Visuellement, cette Clio impressionne. Surchargée en anabolisants, elle sort les muscles. Les ailes sont élargies, sans oublier la présence d’un gros spoiler, d’un becquet, d’écopes de refroidissement latérales et des sorties d’échappement centrales. Nous voici nez à nez avec 3,80 m de nerfs. La R5 Turbo peut être fière de sa petite-fille ! 

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On est vraiment dans une sportive ?

À l’intérieur, c’est l’inverse. Pourtant, par la compacité de la voiture et l’emplacement du moteur, ça commence bien. Même si pour l’admirer, il faut démonter les deux gros caches, on a l’impression d’être assis sur le V6 ! Malheureusement, tous les superlatifs relevés sur le design me reviennent comme un boomerang. Souvent critiqué par rapport à son prix, je dirais plutôt que l’habitacle est tout simplement indigne de la philosophie de la voiture, qu’elle ait été vendue à 240 000 FF ou non. À l’exception du pédalier en aluminium et du compteur siglé Renault Sport, on se croirait davantage dans un utilitaire Renault que dans la bombe de la division sportive… Côté rangements, il faut prévoir de partir léger, le coffre à l’avant n’étant pas des plus accueillants. 

clio v6 moteur
Un V6 critiqué

Disposant encore à l’époque d’un moteur V6 maison (qui n'a plus rien à voir avec le PRV, précisons-le), Renault décide tout naturellement de le greffer dans la Clio V6. Retravaillé, il passe à 230 chevaux (au même régime de 6 000 tr/min) et le couple progresse lui aussi (de 15 Nm) pour atteindre 300 Nm, toujours à 3 750 tr/min. Au-delà de ça, l’essentiel est ailleurs. Délivrant sa puissance sur les bonnes roues motrices et sa position centrale arrière, il y a de quoi, sortir des sentiers battus. Malheureusement, sa sonorité ne fait pas l'unanimité. Certains adorent, d'autres moins. L’échappement inox de série ne parvient pas à transformer la boîte à rythmes en du Mozart. Je suis tout de même un peu méchant, car le V6 se libère dans les tours, pour s’affirmer. Il brille également par sa belle souplesse d’utilisation et un temps, officiel, sur le 0 à 100 km/h, de 6,4 secondes. Handicapée par un mauvais étagement de boîte, elle laisse un goût amer d’inachevé. Les performances sont en réalité inférieures à celles de la Clio RS, la faute aux 1 335 kg de la V6. Sa tenue de route très délicate, accentuée par un rayon de braquage réduisant toute possibilité de contre-braquer, lui vaut d’être descendue en flammes (sans mauvais jeu de mots) par la presse spécialisée. Dommage, car le freinage, signé AP Racing, est plébiscité. Mais si vous connaissez un peu Renault Sport, vous savez que ce département déteste rester sur un "échec"… 

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Jamais mieux servi que par soi-même

Bye-bye, les Anglais (du moins officiellement). Renault choisit de rapatrier l’ingénierie en France pour corriger les défauts relevés. Pour l’occasion, la production se fait à Dieppe, aux côtés de la Clio RS. Le repoudrage commence par la suppression des éléments de carrosserie se rapportant à la Clio II phase 1, remplacés par ceux vus sur le restylage. Les jantes passent de 17 à 18 pouces et l’aérodynamique retravaillée aboutit à un Cx de 0,37. Sous le capot aussi, ou plutôt dans le coffre, il s’est passé quelque chose. L’admission, l’alimentation et le haut moteur ont été revus. De plus, Porsche met son grain de sel dans l'histoire. Le résultat est intéressant avec 255 chevaux atteints à 7 150 tr/min. Si la valeur maximale de couple demeure inchangée, elle est en revanche obtenue beaucoup plus haut. 

Relevée dans les précédents défauts, la démultiplication de la boîte a été réduite. Cela profite aux accélérations et, ainsi, le mille mètres départ-arrêté est expédié en 26,3 secondes, en dépit d'une hausse de poids de 65 kg sur cette nouvelle version (valable pour toutes les Clio II.2).

Au-delà de tous ces chiffres, c’est sur la route que la Clio V6 doit se faire pardonner. Le caractère imprévisible de la bête est mieux maîtrisé par l’adoption de nouveaux trains roulants et, plus particulièrement, d’un train arrière refaçonné. Profondément remaniée, la Clio se voit offrir des réglages spécifiques de la suspension et même un nouveau berceau. En complément, la prise de roulis est réduite et l’empattement, encore rallongé, réduit le survirage. Renault Sport Technologies s’est également associé à Michelin pour paramétrer les Pilot Sport. Deux choses ne changent pas : l’ESP et l’antipatinage ne sont toujours pas proposés. Plus qu’une mise à jour, c’est quasiment une toute nouvelle voiture qui sort des chaînes de Normandie, les mêmes d’où sortira prochainement la future Alpine. 

Sachez que ce dossier sera à lire dans le prochain numéro du magazine La Revue Automobile dans un numéro spécial en grande partie consacré aux françaises, avec de belles et grosses surprises à la clé. Si vous voulez profiter des photos d'Étienne sur format papier, rendez-vous prochainement en kiosque !
Et si vous voulez absolument tout savoir sur la Clio V6, mais aussi ses petites sœurs en quatre cylindres, le livre "Les virages dans la peau" n'attend que vous.

Elle tient sa revanche…

... sur le marché de l’occasion où sa cote s’est littéralement envolée. Cela fait le bonheur de celles et ceux qui l’ont achetée au bon moment, mais prive bon nombre de passionnés du plaisir de rouler dans une auto hors du commun… 

Chiffres de production :
Clio V6 phase 1 : 1 631 exemplaires
Clio V6 phase 2 : 1 309 exemplaires

Nous remercions Gaëtan et toute l’équipe de l’association Clio V6 Passion :
http://www.cliov6passion.fr

BIEN VU
Concept extraordinaire
Gueule d’enfer
Phase 2 très intéressante

À REVOIR
Phase 1 trop caractérielle
Sonorité moteur décevante ?
Cote devenue délirante

Crédit photos : Étienne Rovillé pour la Revue Automobile

Maxime Joly

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