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Le Tour Auto en Opel : raisonnable passion

Le Tour Auto, c’est ce rallye d’anciennes qui traverse la France durant une semaine de liaisons en circuits, de circuit en spéciales, affichant un plateau de véhicules hétéroclite et exceptionnel. Ici une Porsche Carrera 6, là une Ferrari 250 Lusso SWB ou encore des BMW 3.0 CSL et M1 et autre Shelby Cobra, habituellement très rares, semblent ici la norme. Au milieu de ces modèles mythiques, certains jouent la carte de la simplicité et cette année, c’est parmi ceux-ci qu’Opel France est venu jouer les trublions pour sa première participation. Récit d’une aventure pas comme les autres.

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Chez Opel France, le credo est de faire simple mais bien, et c’est ainsi qu’ils se sont engagés pour ce Tour Auto 2020 avec une petite Opel GT de 1972 forte de 90 ch. Elle n’est d’ailleurs pas la seule Opel puisque 2 autres GT et une GS/E sont également présentes.

Le bal des débutants

L’équipe, ou devrais-je dire la Dream Team Opel, est composée majoritairement de débutants sur ce rallye historique. Dans la GT, ce sera un équipage entièrement féminin. Opel France avait déjà tenté l’expérience avec une réussite mise en défaut par un souci technique lors du Talon Piste 2019. Cette fois, ce sera Mélina Priam – journaliste chez Auto-Plus et l’Auto Journal – au volant, accompagnée de Anne-Chantal Pauwels qui fut, entre autres, copilote de François Delecour en championnat du monde des rallyes, excusez du peu.

Notre équipage, ultra motivé, peut compter sur l’expertise de l’entreprise 2HP Compétition qui aura préparé la voiture en amont puis fera l’assistance tout au long du rallye avec une minutie remarquable.

Pour finir, le côté média est constitué de Fred, du site lesvoiture.fr , habitué du Tour Auto, qui écrira jour après jour les communiqués de presse pour Opel France, de Vincent qui s’occupera des vidéos et de la communication sur les réseaux sociaux, de Laurent, également habitué du Tour Auto qui fournira son expertise afin de couvrir au mieux l’événement et de moi-même, photographe pour Opel.

Tous désireux de vivre une belle aventure, menés par Grégoire et Christophe, l’équipe presse d’Opel France.

Ennuyeux lundi

Lundi. Longue journée au Grand Palais, à Paris. Si le lieu est magnifique, la journée est longue et peu passionnante, entre vérifications techniques, collages des stickers et sponsors, et quelques interviews de l’équipage. Il y a foule dans le Grand Palais, impossible de profiter des 203 véhicules présents comme nous le voudrions. Sans doute peu aidée par les conditions actuelles, l’ambiance n’est étonnamment pas à la fête et je perçois peu de plaisir et d’excitation dans ce monument pourtant bondé.

De mon côté, de l’excitation il y en avait suffisamment pour passer une nuit peu reposante et j’apprends rapidement qu’il en est de même pour le reste de l’équipe. Parfait, de quoi commencer le rallye dans les meilleures conditions possibles !

Ascenseur émotionnel

Nous nous rendons dans un Grand Palais très différent pour le départ, à 6 h du matin. Il fait encore nuit, Paris s’éveille à peine et pourtant une foule s’est déjà massée à l’extérieur du monument pour admirer les bolides qui s’élancent pour cette folle semaine. À l’intérieur, c’est tout autre, quasiment désert à part les officiels et les équipages. Les moteurs tournent au ralenti et bien que nous n’ayons ici que des moteurs thermiques, il y a de l’électricité dans l’air, une ambiance à nulle autre pareille et désormais l’atmosphère est remplie de cette excitation qui précède un grand moment, de cette lourdeur avant que l’orage n’éclate. Les moteurs continuent de s’ébrouer les uns après les autres, les tessitures se mêlent dans un concert de cylindres tous mieux réglés les uns que les autres. Mélina et Anne-Chantal s’en vont, motivées, direction Montlhéry pour la première spéciale du rallye.

Sur le circuit, mythique à bien des égards, nous profitons d’un lever de soleil, café à la main en regardant les plateaux compétitions passer. En effet, notre Opel GT est engagée en régularité et, le moment venu, nos drôles de dames sont sommées de respecter au plus près une vitesse moyenne de 73 km/h. Mais attention, plusieurs mesures sont prises durant le parcours de 15 km, il ne suffit pas d’arriver au plus juste, mais de maintenir au plus près cette vitesse, le tout avec un compteur de vitesse aussi imprécis que l’odomètre. Aucun problème, puisque l’Opel GT s’empare directement de la première place de son plateau et crée l’euphorie dans l’équipe qui se dirige à la fois vers une victoire finale certaine et vers le circuit de Nevers Magny-Cours pour la seconde étape du jour.

Sur circuit, la règle est différente. Les véhicules ont 10 minutes pour prendre le circuit en main puis, une fois ce temps écoulé, ils s’élancent pour 4 tours, le premier faisant office de référence pour les trois suivants qui doivent être effectués dans le même temps. Chaque seconde en plus ou en moins comptera comme une pénalité. À ce petit jeu, l’Opel GT ne finit même pas les 4 tours, victime d’une panne de pompe à essence qui coûtera 3 minutes de pénalité. L’euphorie s’évanouit ainsi que l’idée de victoire finale. Une victoire d’étape n’a jamais fait un vainqueur final !

L’ambiance est lourde dans les véhicules, assommés que nous sommes, en ralliant le parc fermé de Clermont-Ferrand. Nous n’avons pas la tête au champagne, et nous nous remémorons la première victoire comme un souvenir qui semble désormais obsolète, le silence étant notre principal invité du dîner. De la première place du matin, l’Opel GT est descendue à la 24e sur les 29 voitures que compte notre plateau.

Heureusement, les femmes sont là !

Nous vivons tous la gueule de bois à notre façon, il y a ceux qui s’en remettent vite, ceux qui restent groggy ou encore ceux qui deviennent désagréables. Au petit matin de ce mercredi, les femmes sont remontées à bloc, l’équipe Opel suit et finalement toute l’équipe se relance. Si la victoire finale semble très compliquée, il reste les victoires d’étapes et notre équipage de choc semble bien décidé à ne pas faire de la figuration dans ce Tour Auto 2020.

Sur le vallonné circuit de Charade, sous le regard millénaire du Puy-de-Dôme, l’Opel GT est prise dans le trafic et termine à la douzième place de l’épreuve avec 4 secondes de pénalité. Les deux spéciales sur route de la journée verront l’équipage terminer 3e puis 4e et remonter à la 14e place du général. La remontada est lancée !

Pendant que les femmes courent, les hommes leur courent après inlassablement. Mais ici, nous ne cherchons pas à « choper leur 06 », mais seulement des photos, des vidéos, des impressions. À bord de notre Opel Zafira Life, nous faisons au mieux pour trouver le bon point photo sur une spéciale, où les voir sur une liaison, nous courrons souvent et travaillons sur nos PC entre deux arrêts, ballottés sur les routes sinueuses du Tour. Lors des sessions circuit, il faut choisir entre voir le départ ou l’arrivée et courir le reste du temps pour se placer en bord de piste. Bon, à la fin nous avons eu des photos et les « 06 » !

La soirée à Limoges ne ressemble pas à celle de la veille et la bonne humeur règne dans l’équipe, Mélina et Anne-Chantal étant persuadées de pouvoir faire nettement mieux le lendemain sur les 3 spéciales qui jalonnent le trajet jusqu’à Toulouse.

La régularité, au fait, comment ça fonctionne ?

Sur le Tour Auto, il est interdit d’utiliser des outils de mesure numérique et tout doit être fait « à l’ancienne » et le rôle du copilote est au moins aussi important que celui du pilote, les deux devant parfaitement se synchroniser.

Pour ce faire, il y a bien entendu le roadbook à suivre puis les tables de régularités et des chronos mécaniques. Les tables de régularité sont déclinées sur chaque vitesse moyenne pouvant être imposée et sont calibrées sur le compteur kilométrique de la voiture en prenant en compte les erreurs de celui-ci. Ainsi les tables affichent, pour chaque vitesse moyenne, la distance réelle et donc officielle du Tour Auto, la distance équivalente affichée par le compteur de l’Opel GT (donc incluant les erreurs de mesure) ainsi que les temps de passage à chaque hectomètre. La copilote donne le rythme avec des « 3.2.1.Top », et la pilote doit passer la centaine de mètres pile sur le top… et ce pendant 15 à 20 km, tout en suivant le roadbook papier. Un travail de métronome !

L’Opeltada

C’est le nom que nous avons donné à notre chevauchée fantastique vers le haut du classement, bien aidé par l’équipage d’Étienne Bruet et Clémence de Bernis, pour M6 Turbo, en Peugeot 504 avec qui une belle émulation positive s’est créée, chaque équipe tirant l’autre vers le haut avec fairplay et entraide.

La troisième étape, entre Limoges et Toulouse donc, verra notre duo de choc terminer 3e puis 1er des deux premières spéciales avant de rejoindre le départ de la dernière du jour. L’attente sera longue après un accident – heureusement sans conséquences pour l’équipage – lors d’un plateau compétition. Le retard prendra lui-même du retard, les minutes s’égrenant avec une lenteur désespérante dans le parc fermé, obligeant à tromper le temps sans perdre ni sa motivation ni sa concentration. Puis 1 h de retard est annoncée avant de s’établir sur 1 h 40. Un plaisir pour les preneurs d’images qui se dirigent vers la fin de la spéciale afin de profiter d’un coucher de soleil sur les véhicules arrivant. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, dit-on. Finalement, en plus du retard, la spéciale aura souffert de problèmes de chronométrage obligeant l’organisation à l’annuler. Mais nous avons des images au coucher de soleil ! À la fin de cette troisième journée, Mélina et Anne-Chantal se placent 7e au général.

Le lendemain, les femmes sont bien décidées à faire taire pour de bon les quelques quolibets machistes perçus çà et là au Grand Palais. Les deux spéciales du jour se terminent sur le podium avec la 3e puis la 1re place avant de s’achever sur le très beau circuit de Lédenon. Magny-Cours puis Ledenon, nous aurons appris à nous méfier des circuits sur ce Tour Auto, et cette fois l’Opel GT profite des 10 minutes d’apprentissage du circuit pour sortir du trafic et se préparer des tours propres, avec succès puisqu’elle termine 1re ex aequo avec une seule petite seconde de pénalité. De quoi prendre la deuxième place du classement général de leur catégorie, à 2 min 51 s de la Lancia Fulvia 1600 HF des premiers. La soirée au pied du Pont du Gard est particulièrement joyeuse, mais se termine assez vite. Le réveil réglé à 5 h du matin le lendemain et l’envie de bien finir l’emportent, avec raison.

La première spéciale de ce dernier jour, perturbée par quelques spectateurs peu sérieux, n’aura pas été des plus facile pour l’ensemble des concurrents. Heureusement, l’Opel GT se hisse à la 5e place, à 20 secondes des premiers et 14 secondes d’Étienne et Clémence qui reviennent très sérieusement au contact puisqu’ils ne sont désormais qu’à 5 secondes. La dernière spéciale, sur le circuit F1 du Castellet et sous un soleil de plomb, verra un classement très serré puisque notre équipage prend difficilement la 11e place avec seulement 4 secondes de pénalité, loin derrière la Peugeot 504 qui s’empare de la troisième marche du podium avec seulement 2 secondes.

Conclusion:


Que retenir de ce Tour Auto 2020, si ce n’est une très belle deuxième place au classement général de la catégorie, seulement 3 secondes devant la Peugeot 504 d’Étienne et Clémence ? Une aventure humaine, avec des très hauts et des très bas, de l’espoir et des désillusions, mais surtout une équipe soudée ayant la volonté, quoi qu’il arrive, de terminer le rallye en se battant jusqu’au bout, le tout dans une bonne humeur qui ne nous aura jamais quittés. Vivement l’année prochaine !